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Pardonne-nous Idia

Pardonne nous Idia, car tu as dévoilé notre imposture, nous pensions que les mots avaient un sens et que l’histoire avance vers le meilleur ; tu as retiré le voile et tu mis en évidence notre imposture et le mirage de nos espoirs. Pour obtenir cela tu as payé fort, tu as sacrifié ta vie. Pour dévoiler la vérité,tu as donné ta vie comme offrande. La vérité, historique ou géographique, semblable à un volcan endormi que ta mortvenait de réveiller. Pardon et merci à la fois car tu nous as rappelés notre devoir, duquel nous avons été détournés et distraits. Pardon Idia, l’élite s’était levée avec violence pour cogner le tambourin et proclamer chacun son droit à un poste ministériel, à gouverner, à exploiter et profiter ; ton sacrifice a torpillé la noce. Pardon encore une fois, car dans notre administration, sans vergogne, a incriminé tes parents ; se corroyantinnocente de son crime, elle ne voit pas pourquoi envoyer un délégué présenter des excuses et des condoléances à tes parents. Dans la société civile, ils vont plus loin, car ils reprochent à tes parents d’avoir versé des larmes, organisé un service funèbre dans leurs traditions et, pour finir, d’avoir,en parlant leur langue, exprimé un sentiment d’injustice. Non ! Le refus de l’humiliation. Le refus qui signifie notre dignité.

A toi Idia,nous sommes redevables d’avoir insufflé et ranimé en nous la capacité de dire non, de refuser. Ce refus, nous l’avions troqué contre des fonctions, échangé contre des postes. Nous étions ensorcelés par deretentissants concepts : la gestion participative, la gouvernance sérieuse et appliquée, le rapprochement de l’administration des administrés, la spontanéité et l’automaticité, la grandeur et la dignité, le développent et l’épanouissement de l’être humain. Ce retentissant vocabulaire nous a distraits, nous a éloignés de la vérité du terrain. Merci Idia, tu as mis à nu notre fausseté, notre imposture ; nous ne faisions que falsifier les choses, et ta mort nous a montré notre réalité. Le silence de tes parents, ton enterrement sans bruit ni éclats auraientdûlaisserle voile de l’obscurité couvrir la triste réalité. Tel était le souhait des autorités, des Imams ; le crime devait passer inaperçu ; exprimer le ressentiment d’injustice, c’est mettre le pays et ses structures en danger. Accepter que la mort frappe, silencieusement, sans réveiller les consciences. Pourquoi ? Poser la question, c’est affirmer le refus !

Pardon Idia car tu as dévoilé ce que nous voulions ignorer, dissimuler, et même étouffer. Nous ne pouvions pas justifier l’injustifiable et, innocente Idia, tu as déballé toute la vérité. Le refus de taire la vérité. Pour que l’offrande ne soit pas vaine, ta mort doit prouver aux hommes libres ton dévouement, ta reconnaissance ; alors ils doivent, en souvenir de ton sacrifice, refuser que cela se reproduise. Le message que tu as adressé doit avoir accès auprès des hommes de décisions. Fallait-il pour cela offrir comme offrandes les cercueils des petits, des faibles.

 Je souhaitais, Idia, te parler de festivals de musique, de rencontres de compétences techniques, de nos réalisations esthétiques, de nos réussites sociales et économiques, de l’ébahissement et de l’enchantement de nos amis visiteurs; mais la mort des enfants dans les transports scolaires, sur les plages, devant les portes closes des hôpitaux, pendant l’accouchement…à qui parler puisque tu n’es plus là ? Le refus m’a imposé le silence, Idia ! Le refus exprimé par des jeunes, tes amis, tes frères, les tiens. Ces jeunes veulent, par leur refus, mobiliser contre la pauvreté, contre l’exclusion, contre la précarité. Ce que tes frères et amis, les nôtres, ont montré et dit est pour nous uneconsolation « Ma fille, Idia, notre cœur est ta demeure et nous refusons à jamais de t’oublier. Nous t’en faisons, ho ! Idia, un puissant serment. »

Merci de nous avoir dévoilé la vérité, d’avoir dessillé nos yeux. Te voilà auprès de Dahabia, dans la maison des hommes et femmes qui font notre fierté. Bienheureuse

NB: Texte écrit par monsieur Hassan Aourid, et publié en arabe par Lakome et traduit par Brahim Kouch.

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