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LES HOMMES DE MON KSAR (Oubanass, un Agouram hors paire)

 

LES HOMMES DE MON KSAR
Oubanass un Agouram hors paire!
Dans notre ksar cohabitaient les tribus d'Ait Marghade, d'Iqabliyene, d'Ait Hdidou et d'Ait Atta, avec deux autres petites ethnies minoritaires mais très proches spirituellement l'une de l'autre. Il s'agissait des Chorfas et d'Igouramene.Si les premiers 
sont des descendants du prophète, on dit que les seconds seraient les descendants des compagnons du prophète. Ce qui place Igouramene sur le plan spirituel à un niveau inférieur par rapport aux Chorfas.
Sidi Moh Oubanass qui n'est plus de ce monde depuis quelques années, bien qu'il appartenait à cette tribu d'igouramen du Ksar et que son prénom est précédé du titre honorifique de "Sidi", n'observait pas avec rigueur les règles de conduite que s'imposait sa confrérie. Tout en participant à la "Hadra" annuelle du Mouloud en tant que ""3issaoui", il s'occupait de l'entretien du mausolée de Sidi M'hamed ou Abderrahman le Saint Patron d'irghrem et collectait les offrandes qui sont faites par les femmes chaque vendredi au saint. Il lui arrivait aussi de participer au jeu de carte qu' organisaient de temps à autre les parieurs du ksar et sa carte de prédilection au jeu d'Al 3ita était "Sota". Il disait que c'est sa manière de dépenser de l'argent sur une belle femme même si elle n'est qu'en papier ! Quand il entre en transe pendant la Hadra, il se donnait des coups de couteau sur le crâne jusqu'à ce que le sang coule sur son visage et tache ses vêtements. Un jour quelqu'un lui avait demandé pourquoi il se donnait des coups de couteau, Sidi Moh avec humour lui avait répondu qu'une tête comme la sienne ne méritait pas autre chose que de recevoir des coups de couteau!
Arrivé à un âge avancé Oubanass n'avait qu'un seul regret, celui de ne pas avoir effectué un voyage à la Mecque. 
Un soir cette frustration qui ne le quittait pas fut comblée. En se réveillant le lendemain il s'est rappelé d'avoir dans son rêve effectué le voyage à la Mecque. Sa joie fut immense car pour lui, ce qu'Agouram rêve est d'office accepté par le bon Dieu. Et c'est avec impatience qu'il avait attendu l'après-midi pour faire part aux amis avec qui il se retrouvait à Tamardoulte après la prière d'Al Asr pour les informer de son voyage à la Mecque.
Mes amis leur dit-il, mon vœu a été exaucé cette nuit. J'ai effectué comme il se doit tout le rituel que doit accomplir tout homme qui se rend à la Mecque pour accomplir son Haj et je remercie Dieu d'avoir exaucé mon vœu. Dorénavant mes amis, je vous demande de m'appeler par le titre honorifique de Haj que je suis devenu. 
- Mabrouk SSI Lhaj Al Banassi lui dit Addi ou Ssou. Mais raconte-nous SSI Lhaj, comment s'est déroulé ton voyage aller-retour de Goulmima à la Mecque ?
Écoutez-moi et ne m'interrompez-moi si vous souhaitez bénéficier d'une part de la Baraka des lieux saints.
Comment je me suis retrouvé à la Mecque, je ne peux vous dire si j'étais transporté par le vent, par un avion ou par un oiseau.  Ce dont je me rappelle c'est m'être retrouvé au sein de la mosquée pour effectuer Tawaf Al koudoum avant de prendre la route vers le Mont Arafa. En empruntant le tunnel qui conduit vers le camp de Mina où on doit passer la nuit avant de rejoindre Arafat, j'ai remarqué  que les poutres en troncs de palmiers (Tigjda) qui soutiennent le plafond du tunnel étaient fissurées, car elles n'étaient pas coupées dans un bon palmier. J'ai monté cette anomalie à un soudanais qui était à mes côtés en lui disant en berbère "tigjdatkh dgh, our shinet". D'ailleurs ce tunnel s'est écroulé le lendemain et avait fait plusieurs morts. Je peux vous dire que moi et le soudanais l'avions échappé belle !
Le rituel du Mont Arafat s'était bien passé ainsi que le retour par Al Mouzdalifa. Le jour du sacrifice, un prince saoudien qui venait séjourner durant la saison de chasse dans la réserve de l'élevage de l'outarde au lieu dit "Amaglagal" entre Goulmima et Errachidia m'avait reconnu au milieu de la foule. Il vient vers moi et me demande si je ne suis pas Sidi Moh de Goulmima ? 
- Oui c'est moi lui ai-je répondu. Il appelle son aide qui doit être un pakistanais et lui dit ramène à Sidi Moh un dromadaire pour qu'il le sacrifie. J'allais dire au saoudien qu'à Goulmima il m'arrivait souvent de ne rien sacrifier le jour de l'Aid par manque d'argent, mais avant que j'ouvre ma bouche, il sortit de sa poche une énorme liasse de billets de 100 rials et me la tend en me disant qu'il est lui aussi un Agouram de la ville de Yatrib et qu'il me fait l'aumône de cet argent.
La traversée du désert entre la Mecque et la mer rouge que j'ai effectuée avec un groupe de somaliens était dure à cause de la chaleur. Les somaliens avaient peur de se perdre dans le Sinaï; mais je les rassurais en leur disant qu'ils ne devraient pas avoir peur car ils sont en compagnie d'un Agouram "plein" de Baraka. Ils m'avaient fait pitié les pauvres car ils n'avaient plus d'argent sur eux. c'était moi qui leur avais payé la traversée du canal de Suez avec l'argent que le saoudien m'avait remis à Mina.
Arrivés au Caire les somaliens voulaient que je les accompagne en Somalie et m'ont même demandé que je sois leur Émir. Je les avais remercié et je leur avais dit que je dois passer voir Moubarak avant de continuer mon chemin vers le Maroc, mais qu'ils n'avaient rien à craindre car ma Baraka va les accompagner durant tout leur voyage.
Au Caire, sur les aires à battre devant le palais présidentiel jouait un groupe de garçons au football. J'ai demandé à l'un d'eux s'il a vu Moubarak rentrer dans son palais ? 
Il m'a montré un joueur qui portait un maillot rouge et m'a dit que c'est Gamal, le fils du Président.
J'appelle alors Gamal et je lui demande d'aller dire à son père qu'Oubanass est là. Quelques instant plus tard je me suis retrouvé dans la grande salle à manger du Rais. Le dîner avec Moubarak fut plus que courtois. Chaque convive a eu droit à un grand bol plein de fèves cuits à la vapeur et à une Rgila. Oum Kaltoum était assise à ma table, mais n'avait pas pu chanter car elle soufrait des oreillons. Elle m'a chargé de transmettre son amitié au Maréchal Quebbou si je passe par Casablanca. À la fin du dîner le Raïs me salua et demanda à son chauffeur de faire le plein de la Land-Rover bâchée semblable à celle qu'avait le Super-Caïd Azouaoui de Goulmima et de me conduire jusqu'au domicile de Maamar Kadhafi en Libye.
Avant de pénétrer dans la tente dressée derrière une dune pour saluer et prendre un thé avec le guide libyen, une de ses amazone chargée de sa sécurité m'accompagne dans une autre tente et me fait porter un turban vert. Elle me dit qu'elle a été désignée pour assurer ma protection durant la nuit et qu'elle viendra me rejoindre après le dîner. Je dis à cette belle femme brune qu'igouramen de Goulmima sont chastes et que je n'aime dormir qu'enroulé dans mon bernouss. Elle me regarde du coin de l'œil en me disant qu'elle espérait s'imprégner d'un peu de la Baraka des gens du Maghreb. Le lendemain, après le petit-déjeuner, Kadhafi me remet un carton qui contenait mille livres verts dont il est l'auteur et me demande de les offrir a toute les zaouiya de Ghriss. Il les place lui-même dans un hélicoptère et ordonne au pilote de me déposer à Oujda sans se poser sur le territoire algérien de crainte que les hommes Abbassi Madani et Ali Belhaj me capturent et demande au roi une rançon pour ma libération.
Après cinq heures de vol, l'hélicoptère se pose tout près d'une épicerie à Oujda. Aussitôt après le pilote repart en direction de la Libye. 
La soif me fait précipiter à l'intérieur de l'épicerie en oubliant de prendre de l'hélicoptère le carton de livres du guide libyen. Après avoir bu d'un trait une bouteille de Coca-Cola, j'ai pris le téléphone de l'épicier et j'ai appelé le pilote de l'hélicoptère pour lui dire de ne pas rendre le colis de livres à Kadhafi mais de le jeter par dessus-bord en mer. Après m'être reposé chez l'épicier, ce dernier me dit qu'il s'appelle Kader et que Lhajja Hennou s'approvisionne chez lui pour les denrées alimentaires et pour les bonbonnes de gaz. Je lui ai demandé alors d'ajouter le prix de la bouteille de Coca-Cola et de la communication téléphonique avec le pilote sur le carnet de crédit de Lhajja Hennou. Alors que Kader l'épicier inscrivait sur son carnet ce que je lui dois, Fadma la bonne de Lhajja arrive pour acheter la levure (LKhmira). Tout de suite elle me reconnaît car elle du même ksar que moi et me propose de m'accompagner chez Lhajja. Lhajja fut très contente de recevoir Agouram de son ksar que je suis. Elle m'offrit un bernouss oujdi fait de laine de chameau et me dit que je pouvais séjourner autant de jours que je voudrais. Je remercie cette dame au grand cœur,  issue d'une grande famille de Ghriss et lui dit que dois aller à Petit Jean (Sidi Kacem) pour voir si la torche de la raffinerie de pétrole est toujours allumée puis prendre la route pour Goulmima passer la chaux sur les murs du mausolée de Bou Oufarssig avant la prochaine Hadra de l'Aid Al Mouloud.
Lhajja appelle alors le chauffeur et lui dit de charger une dizaine de sacs d'orge qu'elle m'offre dans le pickup Toyota et de me transporter moi et mes sacs jusqu'à Sidi-Kacem.
Au souk de Sidi-Kacem, j'ai vendu mes sacs d'orge et j'ai acheté un âne dont le propriétaire m'avait assuré qu'il est de la lignée de l'ânesse de Bouhmara. Avec cet âne il ne m'avait fallu que huit heures pour rallier pendant la nuit la ville d'Azrou. Apprenant que mon âne avait un illustre pedigree Oulida que j'ai rencontré par hasard m'a proposé de m'inscrire pour participer à la grande course annuelle des ânes qui allait se dérouler le lendemain à Ahaddaf.
Tous les notables des tribus d'Ait Myil, de Zayane et Zemmour étaient venus assister à la course. Le vainqueur de la précédente édition qui était de Moulay Bouazza de Zaer ne doutait pas d'une seconde victoire. Il ne savait pas que depuis mon enfance je montais l'âne d'ist Haddach que j'emmenais chaque jour à l'abreuvoir d'Ouchba.
Le départ fut donné par Lbacha Hammou (Pacha de toute la région) en agitant au-dessus de sa tête son turban. Mon âne sans difficulté devança tous les autres ânes et se classa premier. Le Pacha était émerveillé par la performance de mon âne et me propose de l'acheter à n'importe quel prix. Après un marchandage digne d'un commerçant de Tinghir, j'avais décidé de lui vendre l'âne dix fois plus cher que son prix d'acquisition. L'argent de la vente empoché, je me rends à la lisière de la forêt d'Azrou pour attendre le camion de Hmad ou Ali et rentrer à Goulmima. Et me voici de nouveau avec vous. 
À la fin du récit, Haddou ou Sou se lève, embrassé la tête du nouveau Haj et lui dit de faire bénéficier de sa baraka Boukhazem pour que l'eau qui irrigue la palmeraie continue de couler avec abondance.
Dans notre ksar cohabitaient les tribus d'Ait Marghade, d'Iqabliyene, d'Ait Hdidou et d'Ait Atta, avec deux autres petites ethnies minoritaires mais très proches spirituellement l'une de l'autre. Il s'agissait des Chorfas et d'Igouramene.Si les premiers 
sont des descendants du prophète, on dit que les seconds seraient les descendants des compagnons du prophète. Ce qui place Igouramene sur le plan spirituel à un niveau inférieur par rapport aux Chorfas.
Sidi Moh Oubanass qui n'est plus de ce monde depuis quelques années, bien qu'il appartenait à cette tribu d'igouramen du Ksar et que son prénom est précédé du titre honorifique de "Sidi", n'observait pas avec rigueur les règles de conduite que s'imposait sa confrérie. Tout en participant à la "Hadra" annuelle du Mouloud en tant que ""3issaoui", il s'occupait de l'entretien du mausolée de Sidi M'hamed ou Abderrahman le Saint Patron d'irghrem et collectait les offrandes qui sont faites par les femmes chaque vendredi au saint. Il lui arrivait aussi de participer au jeu de carte qu' organisaient de temps à autre les parieurs du ksar et sa carte de prédilection au jeu d'Al 3ita était "Sota". Il disait que c'est sa manière de dépenser de l'argent sur une belle femme même si elle n'est qu'en papier ! Quand il entre en transe pendant la Hadra, il se donnait des coups de couteau sur le crâne jusqu'à ce que le sang coule sur son visage et tache ses vêtements. Un jour quelqu'un lui avait demandé pourquoi il se donnait des coups de couteau, Sidi Moh avec humour lui avait répondu qu'une tête comme la sienne ne méritait pas autre chose que de recevoir des coups de couteau!
Arrivé à un âge avancé Oubanass n'avait qu'un seul regret, celui de ne pas avoir effectué un voyage à la Mecque. 
Un soir cette frustration qui ne le quittait pas fut comblée. En se réveillant le lendemain il s'est rappelé d'avoir dans son rêve effectué le voyage à la Mecque. Sa joie fut immense car pour lui, ce qu'Agouram rêve est d'office accepté par le bon Dieu. Et c'est avec impatience qu'il avait attendu l'après-midi pour faire part aux amis avec qui il se retrouvait à Tamardoulte après la prière d'Al Asr pour les informer de son voyage à la Mecque.
Mes amis leur dit-il, mon vœu a été exaucé cette nuit. J'ai effectué comme il se doit tout le rituel que doit accomplir tout homme qui se rend à la Mecque pour accomplir son Haj et je remercie Dieu d'avoir exaucé mon vœu. Dorénavant mes amis, je vous demande de m'appeler par le titre honorifique de Haj que je suis devenu. 
- Mabrouk SSI Lhaj Al Banassi lui dit Addi ou Ssou. Mais raconte-nous SSI Lhaj, comment s'est déroulé ton voyage aller-retour de Goulmima à la Mecque ?
Écoutez-moi et ne m'interrompez-moi si vous souhaitez bénéficier d'une part de la Baraka des lieux saints.
Comment je me suis retrouvé à la Mecque, je ne peux vous dire si j'étais transporté par le vent, par un avion ou par un oiseau.  Ce dont je me rappelle c'est m'être retrouvé au sein de la mosquée pour effectuer Tawaf Al koudoum avant de prendre la route vers le Mont Arafa. En empruntant le tunnel qui conduit vers le camp de Mina où on doit passer la nuit avant de rejoindre Arafat, j'ai remarqué  que les poutres en troncs de palmiers (Tigjda) qui soutiennent le plafond du tunnel étaient fissurées, car elles n'étaient pas coupées dans un bon palmier. J'ai monté cette anomalie à un soudanais qui était à mes côtés en lui disant en berbère "tigjdatkh dgh, our shinet". D'ailleurs ce tunnel s'est écroulé le lendemain et avait fait plusieurs morts. Je peux vous dire que moi et le soudanais l'avions échappé belle !
Le rituel du Mont Arafat s'était bien passé ainsi que le retour par Al Mouzdalifa. Le jour du sacrifice, un prince saoudien qui venait séjourner durant la saison de chasse dans la réserve de l'élevage de l'outarde au lieu dit "Amaglagal" entre Goulmima et Errachidia m'avait reconnu au milieu de la foule. Il vient vers moi et me demande si je ne suis pas Sidi Moh de Goulmima ? 
- Oui c'est moi lui ai-je répondu. Il appelle son aide qui doit être un pakistanais et lui dit ramène à Sidi Moh un dromadaire pour qu'il le sacrifie. J'allais dire au saoudien qu'à Goulmima il m'arrivait souvent de ne rien sacrifier le jour de l'Aid par manque d'argent, mais avant que j'ouvre ma bouche, il sortit de sa poche une énorme liasse de billets de 100 rials et me la tend en me disant qu'il est lui aussi un Agouram de la ville de Yatrib et qu'il me fait l'aumône de cet argent.
La traversée du désert entre la Mecque et la mer rouge que j'ai effectuée avec un groupe de somaliens était dure à cause de la chaleur. Les somaliens avaient peur de se perdre dans le Sinaï; mais je les rassurais en leur disant qu'ils ne devraient pas avoir peur car ils sont en compagnie d'un Agouram "plein" de Baraka. Ils m'avaient fait pitié les pauvres car ils n'avaient plus d'argent sur eux. c'était moi qui leur avais payé la traversée du canal de Suez avec l'argent que le saoudien m'avait remis à Mina.
Arrivés au Caire les somaliens voulaient que je les accompagne en Somalie et m'ont même demandé que je sois leur Émir. Je les avais remercié et je leur avais dit que je dois passer voir Moubarak avant de continuer mon chemin vers le Maroc, mais qu'ils n'avaient rien à craindre car ma Baraka va les accompagner durant tout leur voyage.
Au Caire, sur les aires à battre devant le palais présidentiel jouait un groupe de garçons au football. J'ai demandé à l'un d'eux s'il a vu Moubarak rentrer dans son palais ? 
Il m'a montré un joueur qui portait un maillot rouge et m'a dit que c'est Gamal, le fils du Président.
J'appelle alors Gamal et je lui demande d'aller dire à son père qu'Oubanass est là. Quelques instant plus tard je me suis retrouvé dans la grande salle à manger du Rais. Le dîner avec Moubarak fut plus que courtois. Chaque convive a eu droit à un grand bol plein de fèves cuits à la vapeur et à une Rgila. Oum Kaltoum était assise à ma table, mais n'avait pas pu chanter car elle soufrait des oreillons. Elle m'a chargé de transmettre son amitié au Maréchal Quebbou si je passe par Casablanca. À la fin du dîner le Raïs me salua et demanda à son chauffeur de faire le plein de la Land-Rover bâchée semblable à celle qu'avait le Super-Caïd Azouaoui de Goulmima et de me conduire jusqu'au domicile de Maamar Kadhafi en Libye.
Avant de pénétrer dans la tente dressée derrière une dune pour saluer et prendre un thé avec le guide libyen, une de ses amazone chargée de sa sécurité m'accompagne dans une autre tente et me fait porter un turban vert. Elle me dit qu'elle a été désignée pour assurer ma protection durant la nuit et qu'elle viendra me rejoindre après le dîner. Je dis à cette belle femme brune qu'igouramen de Goulmima sont chastes et que je n'aime dormir qu'enroulé dans mon bernouss. Elle me regarde du coin de l'œil en me disant qu'elle espérait s'imprégner d'un peu de la Baraka des gens du Maghreb. Le lendemain, après le petit-déjeuner, Kadhafi me remet un carton qui contenait mille livres verts dont il est l'auteur et me demande de les offrir a toute les zaouiya de Ghriss. Il les place lui-même dans un hélicoptère et ordonne au pilote de me déposer à Oujda sans se poser sur le territoire algérien de crainte que les hommes Abbassi Madani et Ali Belhaj me capturent et demande au roi une rançon pour ma libération.
Après cinq heures de vol, l'hélicoptère se pose tout près d'une épicerie à Oujda. Aussitôt après le pilote repart en direction de la Libye. 
La soif me fait précipiter à l'intérieur de l'épicerie en oubliant de prendre de l'hélicoptère le carton de livres du guide libyen. Après avoir bu d'un trait une bouteille de Coca-Cola, j'ai pris le téléphone de l'épicier et j'ai appelé le pilote de l'hélicoptère pour lui dire de ne pas rendre le colis de livres à Kadhafi mais de le jeter par dessus-bord en mer. Après m'être reposé chez l'épicier, ce dernier me dit qu'il s'appelle Kader et que Lhajja Hennou s'approvisionne chez lui pour les denrées alimentaires et pour les bonbonnes de gaz. Je lui ai demandé alors d'ajouter le prix de la bouteille de Coca-Cola et de la communication téléphonique avec le pilote sur le carnet de crédit de Lhajja Hennou. Alors que Kader l'épicier inscrivait sur son carnet ce que je lui dois, Fadma la bonne de Lhajja arrive pour acheter la levure (LKhmira). Tout de suite elle me reconnaît car elle du même ksar que moi et me propose de m'accompagner chez Lhajja. Lhajja fut très contente de recevoir Agouram de son ksar que je suis. Elle m'offrit un bernouss oujdi fait de laine de chameau et me dit que je pouvais séjourner autant de jours que je voudrais. Je remercie cette dame au grand cœur,  issue d'une grande famille de Ghriss et lui dit que dois aller à Petit Jean (Sidi Kacem) pour voir si la torche de la raffinerie de pétrole est toujours allumée puis prendre la route pour Goulmima passer la chaux sur les murs du mausolée de Bou Oufarssig avant la prochaine Hadra de l'Aid Al Mouloud.
Lhajja appelle alors le chauffeur et lui dit de charger une dizaine de sacs d'orge qu'elle m'offre dans le pickup Toyota et de me transporter moi et mes sacs jusqu'à Sidi-Kacem.
Au souk de Sidi-Kacem, j'ai vendu mes sacs d'orge et j'ai acheté un âne dont le propriétaire m'avait assuré qu'il est de la lignée de l'ânesse de Bouhmara. Avec cet âne il ne m'avait fallu que huit heures pour rallier pendant la nuit la ville d'Azrou. Apprenant que mon âne avait un illustre pedigree Oulida que j'ai rencontré par hasard m'a proposé de m'inscrire pour participer à la grande course annuelle des ânes qui allait se dérouler le lendemain à Ahaddaf.
Tous les notables des tribus d'Ait Myil, de Zayane et Zemmour étaient venus assister à la course. Le vainqueur de la précédente édition qui était de Moulay Bouazza de Zaer ne doutait pas d'une seconde victoire. Il ne savait pas que depuis mon enfance je montais l'âne d'ist Haddach que j'emmenais chaque jour à l'abreuvoir d'Ouchba.
Le départ fut donné par Lbacha Hammou (Pacha de toute la région) en agitant au-dessus de sa tête son turban. Mon âne sans difficulté devança tous les autres ânes et se classa premier. Le Pacha était émerveillé par la performance de mon âne et me propose de l'acheter à n'importe quel prix. Après un marchandage digne d'un commerçant de Tinghir, j'avais décidé de lui vendre l'âne dix fois plus cher que son prix d'acquisition. L'argent de la vente empoché, je me rends à la lisière de la forêt d'Azrou pour attendre le camion de Hmad ou Ali et rentrer à Goulmima. Et me voici de nouveau avec vous. 
À la fin du récit, Haddou ou Sou se lève, embrassé la tête du nouveau Haj et lui dit de faire bénéficier de sa baraka Boukhazem pour que l'eau qui irrigue la palmeraie continue de couler avec abondance.
Ali Ouidani
Washington

 

 

 

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