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Contes d'Ali Ouidani

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Ali Sékou Ouidani


 

De Goulmima à Ashqelon ou l’exode de Moshé

 

Préambule

De Ghriss à Ashqelon ou l’exode de Moshé est un récit ou le réel s’est conjuguée avec l’imaginaire pour retracer ce que de nombreux juifs marocains ont vécu et vivent depuis leur départ des terres qui les a vu naitre et grandir vers une autre terre qui n’était pas la leur, mais qu’ils disent qu’elle leur est promise.

Aussi promise que leur soit la terre de la Palestine, elle n’arrive pas à faire oublier à Khaymi celle qui durant les décennies lui permettait d’arpenter en toute sécurité les sentiers du Haut-Atlas sans avoir une kalachnikov en bandoulière.

Préambule

De Ghriss à Ashqelon ou l’exode de Moshé est un récit ou le réel s’est conjuguée avec l’imaginaire pour retracer ce que de nombreux juifs marocains ont vécu et vivent depuis leur départ des terres qui les a vu naitre et grandir vers une autre terre qui n’était pas la leur, mais qu’ils disent qu’elle leur est promise.

Aussi promise que leur soit la terre de la Palestine, elle n’arrive pas à faire oublier à Khaymi celle qui durant les décennies lui permettait d’arpenter en toute sécurité les sentiers du Haut-Atlas sans avoir une kalachnikov en bandoulière.    Ali Sékou Ouidani 

Chapitre 6 : Dialogue d’espoir 

- Et toi Ali, tu ne m’as encore rien dit de Goulmima. Comment ça se passe au pays. Est-ce que le prunier de votre jardin continue à produire de délicieuses « barkokate » (prunes) que ma famille appréciait beaucoup?

- Rien de particulier. Je te résume la situation en quelques mots. A Goulmima, les gens ne meurent pas de faim, mais ne roulent pas sur l’or. Sur le plan relationnel, ce n’est plus comme au temps où vous viviez à Goulmima. L’individualisme l’emporte sur le collectif. Quant au prunier, il a subit le même sort que tous les autres arbres fruitiers. Les vergers qui se trouvaient juste à la périphérie du ksar se sont transformés en champs de luzerne et de blé.

- Ha,ha,ha, tu me refais le coup de Sidi Hammou et Chlomo. C’est une des histoires du bled dont je me rappelle, car mon grand-père me la racontait presque chaque soir. 

- Raconte là moi. Je ne connais pas cette histoire !

- D’accord mais après ça sera ton tour de me raconter. Il y’avaient deux commerçants l’un musulmans et l’autre juifs. Ils étaient amis mais également très avares. Sidi Hammou le musulman habitait Fazna et Chlomo le juif Goulmima. Voulant acheter des dattes de qualité, Chlomo se rend au souk hebdomadaire de Fezna et là il rencontre son ami Sidi Hammou qui l’invite à déjeuner. L’épouse de Sidi Hammou leur sert dans un tajine le demi d’un poulet qu’elle pensait manger avec son mari. Avant que Sidi Hammou plonge dans la sauce sa première bouchée de pain, Chlomo, lui dit :

- Tu ne m’as pas raconté comment ni de quoi ton père est mort ?

Sidi Hammou retira du tajine son pain et commença à raconter avec détail la maladie, puis l’agonie et le décès de son père. Lorsqu’il termina son récit il vit que Chlomo avait tout mangé.

Sans rien dire il prend le tajine vide et va trouver sa femme dans la cuisine à laquelle il dit :

- Contentons-nous de pain « nu » et d’eau pour aujourd’hui. Chlomo a tout mangé. Mais la semaine prochaine je lui rendrai la monnaie.

Une semaine après c’est Sidi Hammou qui se rend à Goulmima.et se présente chez son ami Chlomo à l’heure du déjeuner. Après les salutations d’usage, Chlomo invite son ami à déjeuner avec lui. C’est justement ce qu’attendait Sidi Hammou pour rendre la monnaie à son ami. Lorsque l’épouse de Chlomo déposa le plat devant les deux amis, et avant de commencer à manger, Sidi Hammou  dit à son ami :

- Dis-moi Chlomo, tu ne m’as pas raconté comment ton pauvre père est mort,

Tout en plongeant son pain dans l’assiette, Chlomo lui répondit :

- Il est mort d’une attaque cardiaque, ça a duré deux minutes. Mangeons Les français disent qu’il ne faut pas parler en mangeant !

Saisissant le message de la réponse de Chlomo, Sidi Hammou  ne demanda plus rien et se contenta de manger en même temps que Chlomo !

- Moi aussi j’ai saisi le sens de ton histoire, mais crois-moi, A Goulmima rien n’a presque changé. C’est comme tu l’avais laissé avec en moins sa petite église transformée en une habitation et sa synagogue où les juifs faisaient leurs prières.

- Ce dont je vais te parler, c’est qu’on prépare toujours le même couscous même si ce n’est plus qu’avec des courgettes

- Et pourquoi, on ne cultive plus les courgettes à Goulmima et Taltfraoute ?

- Oh que si ! Et les courgettes de Taltfraoute ont une saveur qui leur est propre. Le Périgord a ses truffes et Taltfraoute ses courgettes !

- Tu as raison Ali. Mais j’espère voir un jour les Imazighen de confession juive qui sont installés en Israël, lever le drapeau Amazigh et clamer haut et fort leur appartenance à ce peuple fier. Et puisque nous abordons ce sujet, j’aimerais que tu me dises pourquoi les Etats arabes  ne soutiennent-ils pas les israéliens qui sont pour la paix et contre l’occupation des terres palestiniennes ? Pourquoi ils mettent tout le monde dans le même sac ? Pourquoi confondent-ils le judaïsme qui est une religion reconnue par l’islam et dont Moise est aussi un prophète de l’islam et le sionisme que beaucoup d’entre nous combattent ? Dans quelques années les choses changeront en Israël, les enfants des séfarades commencent à occuper des postes importants et eux sont conscients que si les juifs ont été maltraités et exterminés dans certains pays, cela ne s’est jamais passé en terres d’islam ! Au contraire, les pays musulmans étaient un refuge pour ceux qui fuyaient l’extermination en Europe et qui venaient vivre en paix chez leurs frères musulmans. Viens visiter Israël, tu te rendras compte sur place de l’amour que portent les juifs d’origine marocaine à leur pays et aux rois du Maroc. Tu les entendras dire qu’ils n’hésiteront pas à venir défendre le Maroc contre tout agression extérieure et qu’ils se considèrent toujours marocains et sujets de Sa Majesté. Malheureusement comme je te l’ai déjà dit la majorité des marocains font l’amalgame et ne font pas de différence entre un juif et un sioniste.

- D’accord Moshé mais de votre côté vous ne faites pas assez pour contrer les agissements de vos extrémistes et de colons. Israël est aujourd’hui en position de force, mais le sera-t-il encore demain ? Regarde le nombre de pays qui continuent de soutenir Israël. Ils ne sont plus que trois ou quatre. Les nouvelles techniques de communication ont permis de distinguer l’agresseur de l’agressé, le colonisateur de l’occupé. Israël risque demain de se retrouver seul et de ne pas avoir ce qu’elle refuse de donner aujourd’hui aux palestiniens.

- Tu as raison Ali, cette éventualité n’est pas à exclure et elle peut même mener à la disparition d’Israël !

- Tu sais Moshé, depuis sa création, Israël n’a pas perdu une seule guerre mais aucun des pays arabes qui ont été vaincus n’a disparu de la carte. Vaincus et même humiliés, ces pays ont pu à chaque fois se reconstruire. Penses-tu que ça serait la même chose pour Israël ?

- Non. Une défaite entrainera sa disparition à jamais, c’est pour cette raison qu’Israël attaque sans attendre qu’il soit attaqué ! Mais dis-moi Ali, comment de ton coté tu vois l’avenir des relations arabo-israéliennes ? 

- Je vais te dire sans langue de bois et  en quelques mots ce que que je pense. Tôt ou tard, les israéliens et les palestiniens finiront par discuter et négocier. Ils regretteront tout ce temps perdu et toutes les vies perdues lors de leurs affrontements. Ils commenceront par créer deux états voisins mais finiront par fusionner par la suite en un seul état sans distinction d’ethnies ou de religions! La Palestine retrouvera son nom et avec ses juifs, ses musulmans et ses chrétiens sera la plus grande puissance régionale  et Jérusalem la capitale spirituelle pour les trois religions monothéistes.

- Amen ! que Dieu t’entende cher Ali.

Sur ce vœu nous nous quittâmes tout en nous promettant de nous revoir à Goulmima. 

                                                      Ali Sékou Ouidani

 

 

DE GOULMIMA À ASHQELON OÙ L’EXODE DE MOSHÉ 
Préambule
De Goulmima à Ashqelon ou l’exode de Moshé est un récit ou le réel s’est conjuguée avec l’imaginaire pour retracer ce que de nombreux juifs marocains ont vécu et vivent depuis leur départ des terres qui les a vu naitre et grandir vers une autre terre qui n’était pas la leur, mais qu’ils disent qu’elle leur est promise.
Aussi promise que leur soit la terre de la Palestine, elle n’arrive pas à faire oublier à Khaymi celle qui durant les décennies lui permettait d’arpenter en toute sécurité les sentiers du Haut-Atlas sans avoir une kalachnikov en bandoulière.
                     Ali Sékou Ouidani
Chapitre 5 : Notre vie dans le kibboutz
Nous qui avons quitté un pays qui était le nôtre avec des maisons des champs des animaux qui sont les nôtres, nous voilà plongés dans un milieu où rien ne nous appartient. Le kibboutz nous fournit le gîte et le couvert aussi bien que les draps, les couvertures, les vêtements et les chaussures de travail  la laverie et les terrains de sports sont communs. Mon grand-père n’arrête pas de pleurer. Lui qui avait tout et qui se retrouve sans rien. L’argent, fruit de la vente de ses biens ne lui a pas été remis en totalité. Mon père Doudou devenu chauffeur d’un vieux tracteur broie son désespoir dans le silence. Yaccoute et moi, le taquinons lorsque nous le voyons sur son tracteur avec un crayon d’épicier derrière l’oreille.
- Tu n’es plus derrière le comptoir de ton épicerie et tu n’as pas besoin de crayon ni de carnet pour marquer ceux à qui tu fais crédit, lui lancions ! 
Mais ce qui l’énervait plus ce sont les nombreuses convocations pour assister aux réunions sur le thème de « l’identité juive »,  et sur l’histoire et les traditions d’Israël. Ils nous prennent pour des ignares descendus du Jbel disait-il 
Les conditions de vie au kibboutz ne sont pas du tout gaies. On y vit en communauté, les repas étaient pris dans une salle à manger collective, et le travail dans le kibboutz est à heures fixes et parfois contraignantes. Pour gagner le respect et l’amitié des autres membres, il faut travailler dur, montrer un sens de la responsabilité et respecter le règlement intérieur du kibboutz. Il est difficile de se faire des amis. Heureusement que nous sommes tout un groupe de juifs marocains qui sommes installés dans ce même endroit. Nous n’avons quitté ce kibboutz qu’à notre troisième année et après que tous les marocains aient menacé de quitter Israël et de regagner le Maroc si les autorités ne les autorisent pas à s’installer hors du Kibboutz dans un village à la périphérie d’Ashqelon.
- Dis-moi Moshé et pourquoi avez-vous choisi comme destination cette région désertique d’Israël ?
- Ce sont ceux qui avaient initié notre départ du Maroc qui avait choisi ce village perdu  à la limite du territoire de Gaza.  Et c’est pareil pour tous les juifs sépharades ou orientaux. Contrairement aux l’ashkénaze arrivés d’Europe qui ont été installés à Tel-Aviv ou à Haïfa, nous c’est au désert qu’on nous a installé. Et crois-moi Ali si je te dis que nous avons connu ici en Israël une discrimination que nous n’avons jamais connue au Maroc. Je ne pensais pas qu’on soit racistes entre juifs ! Nous les orientaux, nous sommes des israéliens de seconde catégorie. Ça me fait rire lorsqu’en Europe et aux USA, on qualifie Israël de pays démocratique. Peut-être qu’il est démocratique pour les juifs d’Europe ou d’Amérique mais pas pour les non juifs et pour les juifs qui sont venus des pays musulmans. C’est une vérité aussi amère qu’elle soit, mais c’est comme ça. Nous avons été transportés du port d’Ashdod à notre destination par Bus en pleine nuit certainement pour ne pas voir ce territoire désertique et une fois arrivés nous on nous a installé dans baraquements à l’intérieur du kibboutz. Je ne te décris pas la vie de mes parents dans le kibboutz, ils ne se sont jamais remis. Surtout mes deux grands parents. Pour eux c’est plus une déportation qu’une exode Ils ne sont pas morts de maladie mais de chagrin et d’isolation. Pour eux, le kibboutz n’était qu’un camp où ils étaient parqués. Moi j’étais placé dans un internat pour pouvoir suivre ma scolarité.  Ceci étant, peut être aussi que cette vie du kibboutz m’a stimulé pour réussir mes études
- Et pourquoi n’as-tu jamais pensé à venir visiter le Maroc ?
- Si, je l’ai visité une seule fois !
- Ah bon ! Ça je ne le savais pas ! Et tu es  revenu à Goulmima ?
- Non, pas à Goulmima. Ne me pose pas assez de questions je suis tenu par le devoir de réserve. N’oublie pas que je suis un officier toujours en activité
- Tu me diras ce que tu veux de cette visite. Je me contenterais de t’écouter.
- Te souviens-tu de la deuxième guerre du Shaba et de la prise de Kolwezi  C’était en 1978 ? Nous sommes intervenus pour aider Mobutu à repousser  les communistes qui voulaient s’emparer du Katanga Zaïrois.
- Oui mais quel rapport avec ta visite au Maroc ?
- Mon unité avait fait escale à Benguerrir, dans une base pas loin de Marrakech. Et pour la petite histoire, lorsque je suis descendu de mon avion, la première chose que j’avais faite est d’embrasser le sol du tarmac de la base. Ce qui avait surpris et étonné   les autres aviateurs qui ne comprenaient pas la signification de mon geste ! Pour moi c’est tout mon pays que j’embrasse. C’est sur la main du roi que je pose mon baiser. C’était un sentiment de joie, d’émotion et certainement de fierté d’être un enfant de ce grand pays. Voilà je m’arrête là
- Non mon ami j’ai encore des questions à te poser. Je ne t’en voudrais pas si tu n’y réponds pas. 
- Dis-moi, serais-tu prêt à te battre pour le Maroc ?
- Doutes-tu de l’amour que je porte pour mon pays ?
- Mais ton pays maintenant c’est Israël
- Le Maroc l’est avant Israël. Tu sais mieux que moi que la nationalité marocaine ne se perd pas. Quand on est marocain, on le reste pour toute la vie !
- Oui mais tu n’as aucun papier qui prouve  que tu es marocain !
- As-tu toi un papier qui prouve que tu es musulman ?
- Non, mais quel rapport
- La nationalité c’est comme la religion. On les a dans le cœur !
- Donc tu n’hésiteras pas à te battre pour le Maroc ?
- Oui pour le Maroc, et pour le roi. Tu sais il n’y a pas un juif originaire du Maroc qui ne rappelle pas à ses enfants la position courageuse du roi Mohamed V qui avait refusé  de livrer ses sujets juifs aux autorités de Vichy. Ce rappel fait partie du testament que laisse chaque juif marocain à ses enfants. A propos j’ai beaucoup apprécié l’histoire de Boudy et Aggou. Elle est  de ton invention n’est-ce pas ? Car mon grand-père m’a dit qu’il a connu les trois hommes à Ighrem.
- C’est une histoire vraie. Mais au-delà de l’histoire, on voit la cohabitation pacifique qui existait entre les habitants. Rien ne distinguait les habitants les uns des autres. Tout ce que leurs religions respectives n’interdisaient pas était permis. Mais je dois reconnaitre que vous étiez plus futés que nous. Peut-être à cause du phosphore que contenaient les têtes de poissons que vous mangiez plus que nous !
- Tu me fais rire mais tu n’as pas tort car pour faire accepter par les musulmans certaines choses les juifs avaient trouvé une très bonne astuce. Ils passaient par les fkihs qu’ils soudoyaient pour prononcer certaines fatwa.
- Ah bon et comment ça ?
- Un jour j’ai posé la question à mon grand-père et je lui ai demandé pourquoi les musulmans du ksar ne mangeaient pas d’œufs  comme les familles juives?
Il m’a fait assoir et m’a dit :
- Ecoute Moshé. Nos Hazzane (Rabbins) il y a longtemps se sont intervenus auprès des fkihs pour que ces derniers prononcent des fatwas qui protègent les intérêts de la communauté juive. La plus importante de ces fatwa est celle qui protège nos femmes juives des hommes musulmans ; c’est ainsi que les fkihs ont dit que tout musulman qui couche avec une femme juive doit se purifier en prenant un bain d’huile d’olive !  Alors penses-tu, que les gens qui n’avaient pas à avoir assez d’huile pour préparer leurs tajines, vont pouvoir se laver avec de l’huile d’olive ? Cette fatwa n’avait qu’un seul objectif qui est celui d’ôter tout envie d’approcher nos femmes par les musulmans ! Il y a d’autres fatwas comme celle-là comme par exemple ne pas manger de tomate et d’œufs parce qu’elles provoquent le psoriasis qui est une pigmentation de la peau qu’on appelle (Lbars). Mais maintenant on rit de tout ça.
- Tu as raison, c’est ce qu’on nous disait lorsque nous étions jeunes. Bravo pour vos Rabbins !
… A suivre (le chapitre 6 sera inséré Mardi)

 

 

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