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Suite aux insultes proférées par un Imam d'Oujda

Il est à mon avis urgent de s’interroger sur les propos de certain responsable qui font l’opinion, ou qui occupent et animent la scène politique marocaine. Commençons par poser quelques bornes : « Au Maroc, il existe une ethnie pingre, les amazighes », « De quoi et comment vit un Soussi ? », « La langue Tamazight est la langue des chikats !». Notre propos, dans ce texte, n’est nullement de répondre mais de se questionner : Quelle est, pour les Marocains, l’utilité ou l’apport de ce genre de discours ? Dans la situation de crise idéologique la parole est un rapport social qui en impose aux autres, à ceux qui ne savent pas parler. L’homme n’est homme que parce qu’il parle. Et cet homme qui parle inscrit son discours dans un ensemble de règles et de calculsqui lui confèrent une position sociale. En claire, ces discours sont des discours des hommes qui ont conscience d’appartenir à une classe sociale qui lutte pour la réalisation de ses intérêts.

Les tenants de ce discours sont connus pour leur islamisme ; et l’objectif de ces paroles, d’après eux et double : d’une part Indiquer le chemin concret qui mène vers les splendeurs, la norme à suivre pour atteindre le bonheur et le salut ; et d’autre part donner des conseils, guider les hommes dans la fraternité de la foi, dans la connaissance parfaite des choses divines, la sagesse quoi ? A notre sens, est fondamental ce qui finalise et anime la conscience. Ce genre de discours, qui vise l’unité et une manière de penser quasi définitive, atteint-il son objectif, peut-il être un discours de division ?  Un discours qui a perdu son sens ?

L’Imam Ali, l’un des esprits les plus les sages, et l’un des hommes qui avaient fait leur possible pour éviter la Fitna et la bataille de çifin, nous a légué,dans  Nahj Al bBalagha (le livre de l’éloquence) ces merveilleuses paroles : « Un excès de discours entraine un excès d’erreurs. Un excès d’erreurs dénote un manque de pudeur. Celui qui a peu de pudeur a peu de scrupule. Avoir peu de scrupule, c’est avoir un cœur mort. L’homme au cœur mort est bon pour l’enfer. » 1)L’excès de discours est une qualité que partagent les hommes qui ont prononcé ces paroles. Ils parlent de tous les sujets, donnent un avis sur tout ; et, surtout, parlent, d’eux-mêmes. Comprendre leurs paroles passe pas la compréhension des personnages. Avec condescendance ils fustigent le crétinisme des autres ; et debout sur une estrade, avec arrogance, ils ressassent quelques intuitions simplistes revêtues d’un habit religieux. Cet habit religieux légitime leurs discours qui légitiment leurs intérêts temporels, loin de toute considération religieuse. D’une façon directe demandons : « Que gagne un musulman marocain qui dit : Imazighens sont des pingres ou la langue tamazight est la langue des danseuses ». A-t-il, par ce discours, défendu la foi contre un danger ?2) la pudeur est un mot qui, quand on y réfléchit longuement, donne le vertige : C’est la gêne que l’on éprouve quand on est délicat et fin devant des actes que notre dignité nous interdit de faire. La dignité ne repose pas sur l’usage de la ruse, de l’imprécation ou l’insulte de comme défense de la religion. En terre d’Islam, la religion et la politique ont toujours été intimement liées ; et pour accéder au pouvoir, il fallait être un homme de religion et un fin politique,un rusé .Mou3awiya, aidé par le clan Abou Sofiane,a été un fin tacticien en politique ce qui lui a permis d’éliminer  Ali,  homme de foi et sage. Les paroles signalées dans les bornes que nous avons posées sont accompagnées d’une parure : L’épée de l’islam, le tarbouche, la barbe bien taillée, un haut turban noir sur la tête, l’anneau serti d’un faux diamant vert ; un être humain habillé de cette façon ne peut dire que la parole divine ? En fait se sont des paroles qui flattent ceux qui tiennent les reines du monde, qui tirent les ficelles de la bourse(le portefeuille) ou détiennent les clés du trésor. Dans ce cas parler veut dire s’attirer les grâces. 3) Avoir du cœur, pour nous, c’est : « La mosquée où se réunissent les gens d’un même quartier crée une atmosphère de solidarité unique de fraternité spirituelle et de solidarité sociale. » Les liens intimes et sociaux qui assurent la vitalité et l’unité de l’Ouma. C’est l’opposé de ces discours insultants, blessants, des crève-cœurs. Ces « prophètes du passé » déploient une passion à dire des énormités, à diviser, à défendre des cause indéfendables. Voilà notre crédo : « Vous qui croyez, qu’un groupe n’en prenne pas un autre en railleries : qui sait si l’autre ne vaut pas mieux que lui ? […] Entre vous, pas de mimiques hostiles. Ne vous donnez pas de surnoms injurieux ; […] L’un de vous aimerait-il manger de la chair de son frère mort ? » (Al houjourates). Cette inspiration originelle, basée sur le cœur (donc sur la charité, l’altruisme, l’humanité, la sensibilité…) est niée par le politique ; ce mouvement antagonique qui vous oblige à imaginer des ennemis à détruire, à éliminer. La religion, et les paroles de nos hommes politiques en est la preuve, se corrompe au fur et mesure qu’elle est impliquée dans des luttes pour le pouvoir politique. Celui qui cherche, dans une controverse, à confondre et à paraître aux yeux des gens en faisant de belles phrases (faire rire en insultant tout un peuple) est la source de toutes les mœurs blâmables pour Dieu et louables pour l’ennemi de Dieu, Ibis. (Al-Ghazali). Conclusion : Les hommes qui ont proféré ces insultes ne sont nullement des musulmans, mais des commerçants ?

Brahim Kouch

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