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Sakkou (par Moha Moukhlis)

En mémoire à Sakkou

Par : Moha MOUKHLIS (22/12/14)

Je récidive pour témoigner d’une mémoire collective, celle d’un poète amazighe de Goulmima, du Sud Est précisément, qui a vécu, égal à lui-même, sans compromissions aucune, qui continue de nous inspirer. Sa poésie nous sert de repères.  

Poète amazighe du Sud Est, décédé le  le 7/12/2006, subitement, devront nous dire. Il vécut telle une météorite qui a traversé notre ciel ombragé. Il a assumé son rôle d’éclaireur et de visionnaire. Un Rebel qui a refusé la domestication tentante d’un pouvoir liberticide. Et il l’exprime dans ses vers éternels qui nous poussent à nous regarder devant le miroir, chaque matin que le bon Dieu fait,  en politique mais aussi en sagesse, une sagesse qui transcende les contingences historiques et les considérations métaphysiques :

En 1962, au temps de la constitution octroyée, il nous a sommés :

Nnigh awn a lemsakin mk i tgam rray

Khirawn ad tinim i gar azdugh näam

Pauvres, si vous daignez m’écouter,

Ne votez pas oui, à la fausse demeure.

Il récidiva en 1996, lors de la révision constitutionnelle, pour nous rappeler notre amnésie atavique :

Tnnam digh nâam, ur tssinm mayd d iwin

Id ad nali mid ad nn nqqim digh g wanu

Vous avez dit oui, sans en saisir les conséquences

Remonteront-nous, ou nous enliserons-nous au fond du puits ?

Une interrogation ! Lourde de sens.

Voici résumé, approximativement,  la pensée de Sakkou, en politique, où il reste un repère. Et non des moindres. Sa production nous épargne tant de discours surannés. Les estrades envahies par des ténors de la rhétorique, des marionnettes qui se déhanchent ostensiblement, pour, croient-elles, nous amener à l’adhésion fallacieuse et piégée.     

Sakkou  incarne l’amazighité pure, sans fards, celle qui s’accroche à notre terre martyrisée, à notre culture abâtardie, à notre morale séculaire foulée aux pieds, à notre amazighité étouffée qui tente de sortir la tête de l’eau, à notre jeunesse qui se débat fièrement pour que notre pays ne sombre dans les méandres des idéologies obscurantistes anachroniques.

Sakkou fut, est et sera. Par sa pensée d’abord, qui dénonce notre schizophrénie, notre propension maladive à nous dérober et fuir la réalité crue de notre quotidien et de notre pays martyrisé, notre hypocrisie qui fait que nos idéaux sont sacrifiés sur l’autel du « politiquement correcte », de notre posture à ignorer la réalité, fermer les yeux sur nos frères amazighes d’Algérie, qui vivent sous la botte d’un régime militaro-religieux fasciste, de nos frères de l’Azawad qui nous semblent très lointains et donc non opportuns, de nos frères de Libye qui tentent de se positionner de manière civilisationnelle au sein d’un bourbier aux contours flous, de nos frères canariens qui ravivent le flambeau de notre identité, des activistes amazighes de la diaspora qui se révoltent contre l’Omerta officialisée.

Sakkou n’est pas un aède local, c’est un visionnaire conscient qui, dans sa lamentation, nous rappelle le sort de nos frères de Kabylie, dans ce vers mémorable :

Lhigh g uâttib nna yi yaghn

Han addjar ar i d iqqar s winnes

Occupé par ma fêlure

Mon voisin sollicite mon secours.

Le voisin c’est la Kabylie, qui lutte contre un pouvoir castrateur des généraux en mal de démocratie. Qui vomissent le MAK et s’activent pour casser un cri rebelle et authentique qui aspire sortir l’Algérie du marasme où elle est engluée.   

Sakkou est emblème de sagesse, il nous sert de repère comme en témoigne ce vers qui évoque la culture hellénique, sa conception philosophique et sa dimension universel, il dit :

Ur da ttdum tga ddunit lawqqat

Leghyar d lfrh a g ittawgh usggwas

La vie ne dure, elle n’est qu’instants

Joie et tristesse sont dévorées par le temps.

Le temps, le Chronos, ce dieu crèque qui a dévoré sa progéniture, selon la mythologie. Qui nous ramène à la sagesse amazighe. L’authentique persiste, comme nous, ceux qui croient en un avenir libérateur amazighe qui restituera au Maroc sa véritable spécificité.

Je m’incline devant la mémoire de cet aède qui a opté pour la résistance suicidaire et permanente. Je lui rends un vibrant hommage, espérant que d’autre, qui le connaissent, contribuent,  sincèrement, à la valorisation de son héritage.

Repose en pais Sakkou, nous continuons ton combat, à notre façon.

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