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Le nationalisme arabe ou panarabisme (par Moha Oustouh)

Ce concept est apparu peu avant le début du 20ème siècle chez l’élite syrienne citadine au contact de leurs concitoyens intellectuels chrétiens formés dans les écoles des missionnaires protestants et catholiques du Liban. Ces intellectuels chrétiens ont cherché à valoriser le passé glorieux de la littérature arabe médiévale pour montrer l’unité des peuples arabophones quelle que soit leur religion et pour mieux enraciner les communautés chrétiennes dans leur environnement arabe. Une nouvelle génération d’intellectuels libanais chrétiens  appelle  leurs concitoyens de la grande Syrie à s’émanciper du joug ottoman en luttant contre le climat d’oppression créé par le sultan Abdulmamid II. Mais ce mouvement nationaliste est majoritairement chrétien car les arabes musulmans restent fidèles au Sultan. C’est à partir de 1908 avec l’arrivée au pouvoir des Jeunes Turcs  qui imposent une dictature avec la volonté de favoriser l’élément turc et d’imposer la langue turque que se produit la rupture et s’annonce l’évolution des arabes musulmans vers le nationalisme arabe.

Ce mouvement nationaliste s’est limité au début au Machrek contre la domination ottomane. C’est à partir des années trente qu’il s’étend au Maghreb dans l’idéal d’une nation arabe du Golf à l’Atlantique. En Egypte et en Afrique du Nord il était mené contre les puissances coloniales. L’Egypte abandonna l’option « pharaoniste » pour adhérer au nationalisme arabe égyptien avec l’idée que l’Egypte est le leader du mode arabe. Ce mouvement atteint son point de gloire sous Nasser en Egypte et sous le Baath de Michel Aflak, chrétien orthodoxe, en Syrie et en Irak. Mais pour les chrétiens, le nationalisme arabe reste inachevé tant que les musulmans n’ont pas opéré la séparation entre l’Etat et la Religion, entre le spirituel et le temporel. C’est ainsi que sous Nasser la présence chrétienne s’est amenuisée en Egypte et que le Baath au pouvoir a permis la domination des Alaouites sur les Sunnites en Syrie et celle des Sunnites sur les Chiites en Irak. Les intellectuels arabes se sont ainsi révélés incapables de sortir de leur communautarisme religieux. Les autres minorités se sont trouvées marginalisées et exclues. C’est le cas des juifs qui tournent le dos à leur environnement arabo-musulman et finissent par être assimilées aux puissances coloniales. Le divorce est total à partir des années trente quand le conflit en Palestine oppose juifs et musulmans dans l’ensemble des pays arabes. Le panarabisme et le sionisme entrent alors en conflit et se disputent violemment une même terre et une même ville Jérusalem ou Al Quds.

Pour nombre d’observateurs le panarabisme a fini par succomber avec la défaite de 1967 face à Israèl puis avec les accords de 1979.La guerre civile en Syrie a montré la réalité communautariste profonde de la société arabe et les limites de la rhétorique panarabiste.  L’unité arabe s’est transformée en une culture monolithique, le nationalisme arabe et l’Etat-nation en un processus d’homogénéisation vidant ce monde en quelques décennies de ses soutiens et de ses minorités. Depuis déjà quelque temps le nationalisme arabe a cédé la place à l’islamisme.

Tiré  de l’article Rédigé par Elie Arié - (D'après l'ouvrage à paraître du   cardiologue et historien  franco-libanais François Boustani

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