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L'ENIGME
DE TAKRITE
: Un mois passé après que Moha ou Kaida
ait pris en charge les douze chèvres de Mahama cette dernière
proposa à son nouveau berger de venir habiter chez elle; comme
ça lui avait elle dit, tu t’occuperas aussi des champs
et tu assumeras tous les travaux qui reviendraient à un homme
dans un foyer.
Ça ne sera pas facile lui répondit Moha avec un petit
sourire mais je m’inclinerai si c’est ta volonté;
à une seule condition, tu me raconteras chaque soir une histoire
car je n’ai pas eu la chance d’en entendre quand j’étais
jeune mes parents étant séparés ma belle mère
ne m’a jamais raconté ces belles histoires que les petits
enfants aimaient entendre avant de s'endormir!
Le premier soir après avoir mangé un bon couscous au petit
lait, Moha ou Kaida s’allongea sur le dos fixa de ses yeux la
voie lactée (Imakkern n’walim) et demanda à Mahama
de lui raconter sa première histoire.
Mahama commença son conte par la traditionnelle citation :
" N’Zour Rabi our Na zour lakissat
"
Il était une fois dans le village de Tamaloute (petite ombre)
une jeune fille qui rivalisait avec les meilleurs cavaliers des Ait
Issa Izm. Chaque année elle ne laissait aucune chance aux autres
valeureux cavaliers durant l’assbahi (fantasia) de l’aid
que le caïd Moha ou Addi organisait à Tizi Ni M’nayen.
Cette jeune fille dont le nom est Takrite était aussi d’une
grande beauté et des gens venaient de toutes parts pour admirer
aussi bien ce corps mince et élancé laissant au vent le
soin de brosser ses longs cheveux quand elle chevauche son Ahdadi (cheval
de race berbère) que l’adresse de la cavalière qui
ne laissait aucune chances aux autres participants !
Et c’est durant une de ces fantasia que le caïd Moha ou Addi
décida de ne pas faire participer Takrite, en donnant comme prétexte
que l’assbahi se limitera aux hommes seulement, mais c’était
sans compter avec l’esprit fin et rusé de notre amazone.
Takrite reçoit la nouvelle avec étonnement et déception,
elle qui avait un goût démesuré pour les compétitions
l’opposant à des hommes, mais que faire dans ce cas là
? Accepter la décision du Caïd Moha ou Addi, ce qui ne faisait
pas partie de son caractère, ou trouver un moyen pour assouvir
sa soif pour le défi? d’autant plus que cette année
le vainqueur ira à Aghbalou représenter la tribut des
Ait Morghade au grand rassemblement des Ait Yaf Almane que le pacha
Hammou présidera en personne.
L’après midi après la prière d’El Asr
le champs de courses comme les années précédentes
était plein à craquer, les habitants des douars de toute
la région sont venus assister à la grande fantasia et
on attendait plus que l’arrivée du Caîd pour que
les courses commencent.
Au bout de la piste les cavaliers finissaient la préparation
de leurs montures . A l’écart se tenait un cavalier de
taille très mince habillé d’une jellaba d’un
blanc éclatant, d’un bernouss bzioui et d'un turban vert
en tissu sousdi.
Le caîd Moha arriva enfin suivi des notables du bled ils s’installèrent
tous sous la grande tente berbère dressée pour l’occasion
Les éliminatoires se déroulaient en trois manches et les
dix derniers cavaliers de chaque manche se faisaient éliminés.
la première manche fut marquée par l’élimination
surprise d’Ali Mansouri un des favoris qui avait fait tomber son
fusil au moment de la mise à feu de la poudre. La deuxième
manche vit Hmad ou Lhou chuter en pleine chevauchée, sans gravité
heureusement. les youyous des femmes accompagnaient les tirs des Sasbou
(vieux fusils) et personne ne se plaignait du nuage de poussière
que les sabots soulevaient à chaque passage
Après la troisième manche, vingt cavaliers sur les cinquante
engagés sont qualifiés pour la finale; parmi eux le petit
cavalier au turban vert ! Le caîd moha demanda à son adjoint
s’il connaît l’identité du jeune cavalier qui
malgré sa fébrilité l’air d’être
un cavalier chevronné ? l’adjoint répondit non.
Le départ fut donné par l’amine de la course. Les
cavaliers partirent sous les applaudissements des spectateurs et les
youyous des femmes. Les notables et le Caîd se mirent debout Ouâsta
le poète ne put retenir sa voix et chanta haut et fort le poème
suivant : « Da takelm azrou imzaraine
a yimnayen » Le mystérieux cavalier est
en tête, les femmes redoublèrent les youyous. Des étincelles
jaillissaient sous les sabots des chevaux. Au moment où la chevauchée
fut devant la tente caîdale le cavalier au turban vert qui devançait
d’une longueur ses poursuivants se mit debout sur sa monture tenant
de deux mains son fusil et lâchant la bride sur le crinière
de son cheval. Le délire saisit la foule le caîd et ses
invités restèrent bouches bées durant ces instants
pleins d’intensité!
Le caîd ordonna qu’on amène le vainqueur devant lui
pour la remise de « l’étrier d’or ».quels
instants plus tard le mystérieux cavalier tenant la bride de
son amenay se présenta devant le caïd pour la remise du
prix il garda la tête baissé est ce par modestie et respect
pour le caïd et ses invités ? Au moment de la remise du
prix le Caid reconnut Takrite la rebelle!
Le caîd surpris par ce qui venait d’arriver ne savait plus
quoi dire ni faire les gens retenaient de force leurs rires. Takrite
a encore osé défier tout le monde. Moment de surprise
passé le caïd prit la parole et s’adressa à
la cavalière: "Ton amour pour la fantasia t’a poussé
à oser prendre le risque que tu as pris ! aussi vais je te récompenser
pour ta victoire ou te punir pour n’avoir pas respecté
les règles ? Tout compte fait ça sera les deux ! Aussi
je te remets au nom de toute la tribu des Ait Morghade du Ghriss l’étrier
d’or que tu as amplement mérité, mais tu ira représenter
ta tribu à Aghbalou devant le pacha Hammou et fais bien attention,
car s’il découvre ta supercherie, ça ira de ta tête!
Tu as bien intérêt à dissimuler ta féminité
encore plus que tu l’as fait aujourd’hui!" Takrite
bien que contente d'avoir remporté cette victoire pensait déja
à sa course devant le pacha Hammou. Homme sage mais aussi impitoyable
envers les tricheurs Mais se dit elle, si dans ma propre tribu je suis
arrivée à me faire passer pour un homme, pourquoi ne pas
y arriver à Aghbalou?
A Aghbalou, les éliminatoires pour la grande fantasia ont commencé
depuis une semaine les cavaliers de toutes les tribus berbères
étaient présents Takrite était accompagnée
de Assou Bou Ouhrir et de son oncle Ali Addi qui est venu exprès
de wawmikerte pour s’occuper de la logistique et de sa monture.
A chaque manche Takrite s’arrangeait pour être classée
parmi les qualifiés évitant ainsi de se faire distinguer
et repérer.
Le jour de la finale arriva, tous les notables de l’Atlas sont
aux cotés du pacha Hammou. Les femmes sont parées de leurs
bijoux et de leurs plus beaux habits. Tissebniyine, tuzroura ainsi qu’ihouriyne
ornes les têtes et les cous des belles femmes qui sont venues
admirer l'Asbahi. Les youyous fusaient de tous les cotés du parcours.
Les pronostics donnaient Assou d’Aghbalou comme grand favori d’autant
plus qu’il était le fiancé de R’kia la plus
jeune des filles du pacha. Le départ fut donné par l’Amine
de la fantasia, les cavaliers se lancèrent à toute allure
les youyous des femmes et le brouhaha des hommes enveloppèrent
le bruit des sabots, Assou le favori est à la tête de la
course les notables d’Aghbalou laissaient apparaître un
sourire qui était plus destiné au pacha et à sa
fille qui se tenait pas loin de la tente officielle. Les cavaliers ont
parcouru les deux tiers du trajet et le peloton devenait de moins en
moins dense ; dix cavaliers avaient une petite longueur d’avance
sur le reste. A cent mètres de l’arrivée un cavalier
portant un turban vert prit la tête de la course il commença
à distancer les neufs autres concurrents dont Assou le favori
! au devant de la tente caîdale qui marquait l’arrivée
de la course alors qu’il était largement en tête
le mystérieux cavalier se mit debout et salua d’un hochement
de tête le pacha et ses invités à cet instant le
turban vert s'envola de la tête du cavalier laissant tomber sur
les épaules une longue chevelure noire. Takrite comprit alors
que son jeu a pris fin et n' avait d’autre choix que de continuer
sa chevauchée vers sa tribu si elle voulait éviter la
sanction du Pacha, qui n’aurait jamais accepté qu’une
femme ait devancé son futur gendre dans une aussi grande manifestation.
Un renflement de Moha ou Kaida signala à Mahma
Ali que son ami et berger s’est endormi ; elle se leva à
son tour et alla s’endormir sans avoir oublié de prononcer
la citation de clôture
« Zrikhten g char
dough g lahna »
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